29.1.06

Un nouveau “scandale gay” à la mairie de Paris

Dans un article récent (1), Le Parisien a raconté l’histoire édifiante de l’Artère, un monument consacré aux victimes du sida. Initialement prévue pour être inaugurée le 1er décembre 2003, cette “stèle” est toujours à l’état de chantier et l’artiste qui avait chargé de la réaliser, Fabrice Hybert, a jeté l’éponge. Selon Le Parisien, le chantier est à l’abandon depuis plusieurs mois.
Comme souvent dans ces cas-là, c’est le contribuable qui est la première victime de ce naufrage artistique. En effet, sur la somme de 1,6 millions d’euros consacrée à ce projet, le ministère de la culture était engagé à hauteur de 550.000 euros tandis que la Ville de Paris avait quant à elle versé une subvention de 100.000 euros.

Après le scandale du CADHP (100.000 euros gaspillés dans un projet d’archives homosexuelles), voici un nouvel exemple des dérives auxquelles conduit immanquablement la pratique du copinage qui a cours à l’Hôtel de Ville. Car Fabrice Hybert est loin d’être un inconnu pour le maire de Paris et son équipe.

Plasticien à la pointe de la branchitude, Fabrice Hybert s’est fait connaître comme dans le milieu de l’art contemporain -où l’extravagance passe souvent pour un signe de génie- avec ses “prototypes d’objets en fonctionnement” (POF), des gadgets comme sa balançoire à godemiché ou son arbre à une feuille qu’il vend à prix d’or à des gogos (François Pinault, par exemple) lorsqu’ils ne vont pas s’amonceler dans les musées nationaux (Beaubourg). Couronné par un Lion d’Or à la Biennale de Venise en 1997, Fabrice Hybert (2) est surtout le prototype même de ce nouvel académisme qu’est devenu une certaine forme d’art contemporain après un long travail de noyautage des cocktails mondains et des antichambres ministérielles. Par ailleurs engagé en faveur des revendications politiques du mouvement gay (3), Fabrice Hybert avait tout pour plaire à la mairie de Paris.

Habitué des comités de soutien de Bertrand Delanoë, Fabrice Hybert est l’un des piliers de la Nuit Blanche lancée par l’adjoint à la culture, Christophe Girard, qui raffole de ses prouesses artistiques. C’est donc tout naturellement que la mairie de Paris a apporté son soutien financier au projet de l’Artère dont les promoteurs (Pierre Bergé et des associations comme Ensemble contre le sida ou Sidaction) avaient confié la réalisation à Fabrice Hybert.

Il s’agissait de raconter l’histoire du sida à travers une sorte de puzzle de céramique géant dans un espace de plus de 1.000 mètres carrés à La Villette. Bien entendu, il fallait que ce soit cher et exhubérant : c’est pourquoi les plaques de céramiques étaient fabriquées au Mexique à partir de trois moules (détruits après usage) avant d’être importées en France par la société de l’artiste.

Car Fabrice Hybert est aussi un entrepreneur. Prônant une association étroite (et juteuse…) entre les artistes et les entreprises, Fabrice Hybert met volontiers son travail (POF, performances, installations…) au service des stratégies marketing des grandes marques : “Quand j’ai voulu être artiste, je voulais aussi faire des affaires, faire du commerce, échanger.

Chef d’entreprise, cela a toujours été mon histoire. (…) Les grands artistes internationaux, les meilleurs, savent très bien gérer seuls leurs affaires” (4). Dès 1994, il a créé pour cela sa propre société, la SARL UR (Unlimited Responsibility; un nom qui, hélas, ne traduit pas la réalité de la responsabilité de son gérant…). C’est par cette société que transitait la céramique mexicaine.

Or, après avoir vu son chiffre d’affaires divisé par 10 entre 2001 et 2003 et ses comptes plonger dans le rouge (5), UR -en cessation de paiement depuis le 17 août 2003- a été placée en redressement judiciaire le 17 février 2005, bloquant par la même occasion le chantier de l’Artère qui est entré en “Hybernation”…

Visiblement, les responsables du ministère de la culture et de la Ville de Paris qui ont donné leur feu vert au financement de l’Artère n’avaient pas tellement évalué le risque de faire reposer le projet sur une société sans surface financière qui n’a cessé de péricliter depuis 2001…

Si l’on en croit un galeriste qui l’expose régulièrement, “la démarche de Fabrice Hybert est polymorphe, « glissante » et insaisissable; ses pratiques mêlent commerce, actions artistiques et détournements”. On se demande quel sens il faut donner au mot détournement. Car l’argent public gaspillé dans ce naufrage conceptuel n’a sans doute pas été perdu pour tout le monde…

Cité par Têtu, le magazine gay de Pierre Bergé qui était aussi utilisé pour faire la promo de l’Artère, Fabrice Hybert avait déclaré qu’il “ne voulait pas faire un monument aux morts mais un non-monument” (6). C’est très réussi !

Source : leperoquetlibere.com
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(1) “Où est passée la stèle pour les victimes du sida ?”, Frédéric Gouaillard, Le Parisien (de Paris), 27 décembre 2005.
(2) Il paraît que le Maître a décidé de supprimer le T de son patronyme pour mieux jouer des correspondances entre Hyber et Hyper (Hybermarché, par exemple…).
(3) Fabrice Hybert était, avec une belle brochettes de people (Jane Birkin, Jean-Paul Gaultier), d’hommes politiques (Christophe Girard, Noël Mamère) et d’activistes homo, au nombre des signataires du Manifeste pour l’égalité des droits qui a lancé la polémique sur le mariage gay en 2004.
(4) Citations de Fabrice Hybert extraites d’un article -hilarant avec le recul- paru dans Le Monde en date du 12-13 mai 2002 : “L’Art du business”, par Roxana Azimi.
(5) Selon Infogreffe, le chiffre d’affaires de UR était de 609.797 euros en 2001, 214.009 euros en 2002, 71.397 euros en 2003. Le résultat est devenu négatif en 2003 (-32.589 euros, soit la moitié du CA). Comme par hasard, les comptes 2004 n’ont pas été déposés au greffe…
(6) “Un lieu de mémoire et de connaissance du sida”, Xavier Héraud, Tetu.com, 29 novembre 2001