29.1.06

Petits secrets et grandes révélations…


“Pariscide” est le premier livre enquête sur le système Delanoë et son bilan à la mairie de Paris. Instructif !

Un homme neuf, Bertrand Delanoë ? Aux antipodes de sa légende dorée, insiste d’entrée François Devoucoux dans son livre, le maire de la capitale est d’abord l’« un des plus anciens élus du Conseil de Paris ». En place depuis 1977…

À peine élu à l’Hôtel de Ville, en 2001, Delanoë (qui cumulait Conseil de Paris et siège de sénateur) se retrouve contraint d’appliquer l’une de ses promesses : abandonner son mandat au Sénat. Problème : il se prive ainsi d’« une juteuse indemnité parlementaire ». Aussi, sitôt élu, celui-ci fait-il « des pieds et des mains pour obtenir un surcroît de revenus ». Une idée fixe. « Il n’arrêtait pas de venir nous voir en nous disant : “Trouvez quelque chose, je ne m’en sors plus pour acheter mes fringues” », se souvient – selon une indiscrétion du Canard enchaîné – l’un de ses adjoints…

La solution ? Un an plus tard, « en plein été (2002), une augmentation de plus de 12 % de l’indemnité du maire, passant (…) de 7 200 à 8 100euros (plus) une indemnité de 29 000 euros par an pour ses “frais de représentation” », est approuvée par le Conseil de Paris. Afin des’assurer le soutien des élus (y compris de droite), Delanoë, malin, fait voter dans le même temps une hausse de 23 % des émoluments desconseillers de Paris. Le temps d’un “vote furtif”, c’est ainsi que « 500 000 euros par an (passent) des caisses de la ville vers la pochedes élus ». Un fameux tour de passe-passe !

Illusionniste, Delanoë l’est aussi concernant les subventions aux associations. Alors dans l’opposition en 1998, Delanoë dénonçait avecvigueur le « clientélisme (dont) les aides au monde associatif donnent un aperçu qui va du grotesque au spectaculaire. Il serait d’ailleurspossible, poursuivait-il, et parfois cocasse s’il ne s’agissait d’argent public, d’établir la liste des “bizarreries” constatées au fil du temps dans ce maquis de subventions (plus de un milliard de francs en moyenne chaque année) versées à certaines associations ».

Fortes et belles paroles qui pourraient, aujourd’hui, lui être… directement renvoyées. Depuis son élection, en effet, loin de diminuer, les subventions versées aux associations n’ont fait qu’augmenter : pas moins de 165 millions d’euros, en 2003, répartis entre « plus de 2 700 associations » ! Et s’il n’y avait que ça…

« Bizarreries », dénonçait-il à propos du choix de ses prédécesseurs ? Que dire, alors, des conditions d’attribution des subventions accordées à la très médiatique – et surtout très proche du PS – association Ni putes ni soumises (lire encadré page suivante) ? Ou encore des dizaines de milliers d’euros distribués chaque année aux associations de type communautaristes, notamment homosexuelles : 3HVP (Homosexuels et Homosexuelles de l’Hôtel de Ville de Paris), Syndicat national des entreprises gaies, le Chœur international gai de Paris, l’Association des parents gays et lesbiens, la Maison des femmes (interdite aux hommes !), les Nageurs gays et lesbiens (dont l’un des ex-responsables, Philippe Lasnier, est l’actuel “Monsieur gays” du cabinet du maire) etc., etc.

Au total, révèle l’auteur, « plus de la moitié des subventions ne font pas l’objet d’un débat démocratique ». Mais l’objectif est connu : se doter, via le milieu associatif, de « clientèles dépendantes », « facile à actionner » et « votant bien ». Loin, très loin, de la « culture démocratique ouverte, transparente, respectueuse du droit et dédiée exclusivement à l’intérêt général » promise avant son élection…

Même décalage entre ce qu’il a raconté de son « expérience du privé » et la réalité. En fait d’« as de la com », raconte l’auteur, Delanoë, après l’échec de son parachutage (raté) à Toulouse en 1986, a, en réalité, été embauché comme « rapporteur d’affaires rémunéré à la commission » par l’entreprise Robert & Partners. Son travail ? Il «reposait essentiellement sur ses relations politiques et sur l’épaisseur de son carnet d’adresses », affirme l’auteur. Au point que Delanoë jugera plus prudent, en 1995 (et le remplacement de Mitterrand par Chirac à l’Élysée), de se faire élire au Sénat plutôt que de continuer dans les affaires. Depuis le retour de la droite au pouvoir, ses activités avaient chuté de près de… 100 % en deux ans !Fidèle à lui-même, en revanche, le « saint maire », comme le présente le livre, « excelle d’abord dans la récupération des bonnes causes,l’affirmation des évidences ». « Je réagis avec colère quand l’être profond des personnes est traité avec mépris », se présente-t-il («courageusement », ironise l’auteur) dans l’un de ses livres. D’où – à grand renfort de communiqués : quatre fois plus que Tiberi ! – son «engagement » antiraciste, féministe, mais aussi et surtout écologiste…

Objectif : complaire à ses turbulents alliés Verts, sans lesquels il ne dispose pas de majorité. Problème : les résultats, là encore, ne sont pas à la hauteur des promesses. Selon Airparif, les émissions de particules et d’oxyde d’azote ont augmenté, entre 2001 et 2002, « de l’ordre de 10 % ». Depuis ? Difficile de le savoir, les subventions attribuées à ce trop indépendant organisme ayant été… diminuées de 40 % ! Quant aux embouteillages, nul besoin d’analyses pour s’en rendre compte : ils n’ont jamais été aussi nombreux, augmentant encore les émanations de gaz d’échappement… Présentée comme la solution miracle, « la part du vélo dans les déplacements parisiens s’élève, elle, à moins de 1 % ».

Restent les fêtes : “Paris Plage”, “Nuit blanche”. Et si « DJ Bertrand » n’était d’abord « que l’animateur d’une collectivité locale » au service de “bobos” d’abord préoccupés par eux-mêmes ?

Avec eux, écrit l’auteur, « la ville “bouge” plus qu’elle n’avance ». Sans doute aussi la meilleure définition de la méthode Delanoë…

Source : Valeurs Actuelles
Autre extraits du livre “ParisCide” de François Devoucoux du Buysson : http://www.leperroquetlibere.com/Pariscide-morceaux-choisis_a27.html